Collections textile “Écrans”
Diplôme des Métiers d’Arts - Tissage
Lycée des Métiers La Source - 2012
Je me suis interrogé sur les différentes représentations d’une image, de la réalité à la virtualité, du souvenir de l’expérimentation à sa numérisation. Ainsi, j’ai souhaité démontrer l’ambiguité existante entre l’analogie de l’expérience à la véracité de sa sauvegarde.
Mon travail s’est composé en trois collections textile formant un voyage dans l’écran, entre réalité et virtualité :
• “Les abysses de pixel” : collection inspirée par des séances de jeux sur console vidéo durant mon enfance
• “Prochain arrêt : Kodaira” : collection inspirée par les pérégrinations réalisées lors d’un voyage à Tokyo et sa banlieue ainsi que son interprétation numérique, grâce à Internet
• “Glitch : un nouveau réel” : collection inspirée par la transformation de mes deux précédents collections grâce au “glitch”, défaillance électronique.
Projet Professionnel 2012 “Écrans”
Diplôme des Métiers d’Arts - Tissage
I- Les abysses de Pixels
Nous voici immergé dans les profondeurs abyssales d’un jeux vidéo imaginaire, reflet de la rencontre entre mes deux jeux vidéos préférés : Ecco Le Dauphin et Ice&Fire. Ces deux jeux ont une forte histoire et sont des symboles sur leur console respective, la Megadrive de Sega pour Ecco et l’Atari ST d’Atari pour Ice&Fire. Ils présentent à eux deux, deux evolutions et symbolisations différentes d’un même univers aquatique et c’est pour cela que j’ai voulu les faire se rencontrer.
Les fonds marins sont un univers très généralement étudié en jeux vidéos. Ces représentations pixelisées sont fantasmées, reflétant le mystère de ces abysses, profondeurs impénétrables et obscures d’où l’homme, dont moi, ne connait d’eux que peu de choses.
1/ À la surface de l’écran, l’écran vivant
Dans un premier temps, j’ai travaillé plastiquement sur des écrans pour obtenir les effets visibles lorsque l’on regarde la surface de l’eau en mouvement. Ces écrans de plastique manipulés sont de possibles représentations d’un écran de console de jeux s’il devenait vivant.
Écrans,
manipulations sur plastique.
2/ Teinture : du réel au virtuel
En continuité avec mes manipulation sur plastique, j’ai crée une collection de textile teint représentant les effets de miroitements de l’eau. Puis en choisissant des toiles renforcées, j’ai aussi obtenu une représentation “virtuelle”, la teinture ne s’imprégnant pas de la même manière dans les “pixels”.
Extrait d’une collection teinte
Toiles de coton, teinture.
3/ La rayure fine : de l’autre côté de l’écran
Ce n’est qu’en 94-95 que le jeu vidéo se joue en 3D. Avant cette révolution, les jeux vidéos étaient “plats”, d’où le nom de plateau ou “level” utilisé pour désigner les différentes étapes d’avancement dans le jeu. C’est durant cette décennie qu’est l’apogée du pixel. Cette représentation diminue fortement le détail et tout devient masse. Il est fortement visible pour montrer l’horizon et les effets de profondeur. Comme le pixel est géométriquement simple, il me rappelle les règles logiques de tissage.
Par la rayure, j’ai souhaité mettre en avant cette pixellisation, représentation numérique du monde réel. Dans un premier temps, les rayures de chaîne sont fines et représentent un premier pas immersif dans l’écran, une représentation de face de ce qui se passe derrière l’écran. Les rayures de trame représentent l’idée de profondeur visible lorsque l’on joue à un jeu vidéo rétro.
Extrait d’une collection tissée,
Chaîne simple, remettage par corps de lames, nylon.
4/ La rayure agrandie : un zoom dans le pixel
En élargissant les rayures de chaîne, j’ai traduit l’idée de zoom dans ces pixels. Les rayures de trame représentent toujours l’idée de profondeur, cette fois par la diffusion et par le bloc.
Extrait d’une collection tissée,
Chaîne simple, remettage par corps de lames, nylon.
5/ Le bloc : de la vie dans le pixel
J’ai aussi décidé de travailler comme un chercheur qui regarde dans son microscope pour apercevoir si de la vie peut exister dans le pixel. Pour ce faire, j’ai travaillé des textiles où les rayures forment des blocs de pixel, mélangeant contrastes -par le choix du fil- et de motif -en travaillant l’armure par rayure-. Ils sont pour moi une représentation imaginaire de ce qui pourrait se passer si le pixel était vivant.
Extrait d’une collection tissée,
Chaîne simple, remettage par corps de lames, nylon.
(Source : flavors.me)
Projet Professionnel 2012 “Écrans”
Diplôme des Métiers d’Arts - Tissage
II- Prochain arrêt : Kodaira
Cette seconde collection est inspirée de deux expériences, une “réelle” -un voyage réalisé au Japon à la Toussaint 2011- et une “virtuelle” -mon surf quotidien sur le site de partage en ligne de photographie amateur Flickr.
Par le biais de cette étape, j’ai retrouvé la mémoire des lieux que j’ai visité à Kodaira, ville de la banlieue de Tokyo et plus particulièrement celle d’une promenade dans les forêts aux alentours de la station de train. Par la suite, j’ai voulu confronter ma mémoire personnelle et défaillante à la mémoire collective d’Internet.
1/ Boite mémoriel, premier pas dans ma recherche
Dans un premier temps, j’ai réalisé une “boite mémorielle”, une installation à échelle réduite évoquant cette visite dans les forêts de Kodaira. Il s’agissait de représenter l’ambiance de cette expérience où la nuit est tombé rapidement pour laisser place à une nouvelle forêt lumineuse.
Installation à échelle réduite,
Carton plume, plexiglas, peinture.
Par la suite, j’ai utilisé une collecte sonore réalisée sur bande magnétique aux alentours de la station de train et plus particulièrement dans les forêts. J’ai transposé les sons de la nature et de cette zone urbaine en image par le biais de la sérigraphie. Pour ce faire, j’ai crée des compositions en dessinant à l’aide des bandes magnétiques des forêts que j’ai vu dans cette ville. En vectorisant les motifs et en utilisant du dévorant, j’ai obtenu des textiles me permettant de recréer une installation lumineuse.
Collection sérigraphiée au dévorant,
Soie viscose teinte.
2/ Motif piqué, motif flou
Au fur et à mesure de ma pratique du tissage, j’ai obtenu une évolution dans ma recherche mémorielle. À l’aide du motif piqué, j’ai transposé la première étape dans cette recherche en obtenant un motif flotté représentant les bambous et plus généralement une image floue.
Extrait d’une collection tissée
Double chaîne, remettage par corps de lames, polyester & lin.
3/ Remettage par corps de lames, une image nette
Après avoir obtenue les premières représentations floues de ma mémoire, j’ai crée, grâce au remettage par corps de lames, une image nette et précise de ces lieux, une image tissée de ma mémoire.
Extrait d’une collection tissée
Double chaîne, remettage par corps de lames, polyester & lin.
4/ Double chaîne et tissu poche, confrontation des mémoires
Suite à ce premier travail de recherche, j’ai par la suite confronter ma mémoire personnelle à la mémoire collective d’Internet. Pour ce faire, j’ai monté ma chaîne, représentant ma mémoire et j’ai tissé des photographies trouvées sur Flickr, transférées sur bandes textile. La double chaîne et le tissu poche, ici travaillé à la fois de façon uni et par remettage par corps de lames, m’a permis de tisser des bandes à la fois par la trame et par la chaîne. Le résultat rencontre et confronte deux images : réelle et virtuelle, personnelle et collective.
Extrait d’une collection tissée
Double chaîne, remettage par corps de lames, polyester & lin.
(Source : flavors.me)
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III- Glitch : un nouveau réel
Les images et les vidéos que nous regardons sur Internet, ou tout simplement sur notre ordinateur, sont appelées fichiers numériques, en opposition aux fichiers analogiques dits bruts. Le terme “numérique” prend racine dans le latin signifiant “représentation par chiffre”. Effectivement, une photographie numérique est ouverte avec un logiciel qui nous fait apparaitre un visuel. Mais pour obtenir ce visuel, ce programme déchiffre ce fichier en d’innombrable codes numériques, qui assemblés et assimilés forment sur ordinateur, un visuel. Mais lorsqu’un fichier numérique est corrompu, mal enregistré ou que ses codes numériques sont falsifiés, que ce passe t-il? L’ordinateur le décodera toujours mais en en donnera un visuel à la valeur de ses codes, modifié. Cette action et ces images sont appelées “Glitch”.
Aujourd’hui, le glitch est utilisé par des artistes comme Glitchr et Rosa Menkman pour evoquer, voir dénoncer les limites et le dictat de la normalisation de la vie par le numérique.
J’ai décidé d’utiliser le glitch comme synthèse de mes deux précédents voyages et comme outil me permettant de trouver de nouvelles possibilités à mes productions textiles, de nouveaux voyages virtuels.
1/ Les abysses glitchées
J’ai glitché une réalisation de ma partie sur les abysses. J’ai obtenu de nouvelles couleurs et de nouvelles rayures transformées sous forme de blocs. Par le biais du tissage, j’ai créer des textiles montrant cette transformation numérique.
Extrait d’une collection tissée,
Chaîne simple, remettage par corps de lames, polyester & lin.
J’ai aussi vectorisé les blocs formant les nouvelles rayures de ma photographie glitchée. En utilisant des couleurs et des typons différents, j’ai obtenu des compositions sérigraphiées multiples pouvant être infinies.
Collection sérigraphiée,
Textile teint à l’indigo.
2/ Les forêts glitchées
J’ai aussi glitché les photographies trouvées sur Flickr et tissées dans mes textiles mêlant mémoire personnelle et collective. En transférant à nouveau ces images sur textile, j’ai obtenu une résultat erroné et partiel. En utilisant la broderie et plus particulièrement le point de croix, j’ai recrée ses images transformées, point par point, pixel par pixel.
Collection brodée
Point de croix, coton mouliné.
(Source : flavors.me)
—Métamorphose du Jean—
Échantillons tissés et proposition d’installation à échelle réduite.
Tisser, c’est créer un enchaînement de matière perpétuelle, un réseau organisé, cachant ou dévoilant des détails sur la matière même ou son environnement.
Le temps passe et défile avec le soleil et la lumière qu’il diffuse. Elle influe sur toute matière, révèle des ombres ou les dissimule. En architecture, le verre et le béton sont deux matières permettant de jouer sur différents niveaux de visibilité et ainsi divulguer plus sur les espaces qu’ils cloisonnent.
—Jean metamorphosis—
Weaved textile samples and reduced model of an installation.
To weave is to create a perpetual yarns linking, hiding or revealing details of threads or his environment.
Time flies with sun and the light it spreads. Its impacts in all stuffs, give out shadows. In architecture, glass and concrete are two materials that play with different levels of visibility that allow to show more about spaces around that they compartmentalized.